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Mardi, 23 Janvier 2018

  •   Lyes Si Zoubir
  • lundi 20 mai 2013 21:52

Le Maroc ne profite guère des déboires économiques de la Tunisie

Marzouki - Mohamed 6Moncef Marzouki avec Mohamed VI (dr)

Les malheurs économiques de la Tunisie en transition font-ils le bonheur du Maroc ? Rien n’est moins sûr. Mais la Tunisie est devenue moins visible dans les radars de l’Europe…

 

Les difficultés actuelles de la Tunisie profiteraient-elles à ses voisins notamment au Maroc qui est traditionnellement désigné comme son principal concurrent économique au sud-ouest de la Méditerranée ? Solidarité maghrébine oblige, la question reste officiellement taboue mais elle alimente nombre de conversations côté tunisien et confinent parfois à la paranoïa. Cela a été le cas au mois de mars dernier après la diffusion d’un sketch des Guignols de l’info de la chaîne française Canal+. Les célèbres marionnettes mettaient en scène avec leur dérision habituelle ce qui se passerait dans un club de vacances tunisien dont les « gentils organisateurs » seraient des islamistes radicaux fouettant pour l’occasion les baigneuses au bord de la piscine jugées trop dévêtues ou lapidant les couples plus ou moins légitimes qui se forment en pareilles endroits. Canal+ étant la propriété de Vivendi, groupe très actif au Maroc, de nombreux Tunisiens y ont vu une tentative de dissuader le touriste français de reprendre le chemin des plages du Cap Bon, du Sahel ou de Djerba et de lui préférer les charmes du Royaume chérifien…

Le million de touristes algériens…compte beaucoup

De même, un officiel tunisien ayant requis l’anonymat a pour sa part une explication bien particulière en ce qui concerne les récentes manœuvres diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc. « Cela fait des années que le secteur touristique marocain cherche à récupérer une partie de nos visiteurs algériens. Nos concurrents font pression sur la monarchie et ce n’est pas un hasard si, à chaque printemps, le Maroc remet à l’ordre du jour la question de l’ouverture des frontières ». Il faut dire que cette année, dans une ambiance des plus déprimées, le secteur touristique tunisien compte particulièrement sur le million de touristes algériens qui s’y rendent habituellement cela sans compter les binationaux franco-algériens qui évitent désormais l’Algérie durant la période estivale. Car, pour la Tunisie, les statistiques ne sont guère encourageantes. Pour les quatre premiers mois de l’année 2013, les entrées touristiques globales dans ce pays ont baissé de 16,4% par rapport à 2010 et de 3,7% par rapport à 2012. Dès lors, on comprend pourquoi le flux en provenance d’Algérie est aussi important pour une industrie qui peine à encaisser les différentes péripéties postrévolutionnaires.

Pas de vases communicants

Pour autant, rien ne prouve que le Maroc « profite » de la situation tunisienne car ses propres chiffres de fréquentation touristique ne sont guère enthousiasmant. Pour les trois premiers mois de l’année, la fréquentation globale a tout simplement stagné, restant au même niveau que la même période qu’en 2012. Comme le relève un cadre de l’Office marocain du tourisme, « on peut même penser qu’il y a eu un effet contagion, les touristes européens étant réticents à se rendre dans le monde arabe en raison d’une actualité qui n’est pas des plus réjouissantes ». L’inexistence d’un phénomène de type vases communicants vaut aussi pour les ventes de phosphates. Depuis les grèves de 2008 et, plus encore depuis la chute de Ben Ali, ce secteur qui représente 3% du Produit intérieur brut (PIB) tunisien et 10% des exportations, connaît d’importantes turbulences. Grèves pour motifs salariaux ou pour exiger le renvoi des directions, sit-in, blocage des trains, départ de cadres : le désordre est tel que de nombreuses unités de production sont fermées ou fonctionnent au ralenti. Selon le ministère de l’Industrie tunisienne, l’ensemble des installations fonctionneraient à moins de 20% de leurs capacités et les stocks seraient tombés à trois mois contre le double voire plus en période normale. Toujours selon le ministère de l’Industrie, la Tunisie aurait perdu la moitié de ses parts de marchés chez deux de ses principaux clients que sont le Brésil et l’Inde, des pays dont l’agriculture intensive passe notamment par l’emploi d’engrais. Bref, au total, la Tunisie aurait perdu plus d’un milliards d’euros en raison de l’atonie de sa production de phosphate. Or, et malgré toutes les rumeurs persistantes et véhiculées sur Internet et ses réseaux sociaux, il ne semble pas pour l’instant que le Maroc en ait profité, du moins pas à court terme.  Deuxième producteur mondial, le Royaume a vu ses ventes chuter de 30% pour les quatre premiers mois de l’année par rapport à la même période en 2012. Certes, il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions définitives car il faudrait pour cela disposer de statistiques plus fines, notamment concernant le marché secondaire de gré à gré. Mais, en tout état de cause, il faudrait plutôt s’interroger sur l’impact économique et l’effet de contagion des crises en Tunisie, mais aussi en Libye et en Egypte, sur le Maroc voire aussi sur l’Algérie.

La Tunisie disparait des radars européens

En revanche, il faut tout de même relever que c’est sur le plan des relations internationales et multilatérales que la Tunisie est train de perdre pied. Alors que le Maroc fait l’objet de constantes attentions de la part de l’Union européenne (UE) et cela au nom du Partenariat privilégié qui unit les deux parties, la Tunisie, elle, semble avoir disparu des radars européens. Certes, la Commission de Bruxelles affirme que l’UE va accompagner la transition politique dans ce pays mais de nombreux officiels tunisiens déplorent l’absence d’initiatives majeures voire de visites emblématiques à Tunis, un peu comme si la présence des islamistes au pouvoir continuait d’effaroucher les Européens. « Il n’y a que le FMI pour s’intéresser à nous… » ironise ainsi un haut-fonctionnaire qui, comme nombre de ses compatriotes, n’a guère apprécié le report de la visite de François Hollande au mois de juillet prochain. « On verra bien s’il vient et s’il sera accompagné par une délégation aussi importante que celle qui s’est rendue au Maroc » conclut ce responsable.


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