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Mardi, 23 Janvier 2018

  •   Abderrahmane Hayane à Paris
  • lundi 9 décembre 2013 16:08

Donald Kaberuka, président de la BAD : "L’Algérie a besoin d’un autre Business Model"

 Daniel KaberukaLe président de la Banque africaine de développement, Daniel Kaberuka (dr)

Donald Kaberuka, Président de la Banque Africaine de développement (BAD) était à Paris pour le Forum Economique et au Sommet France-Afrique. Il en parle dans cet entretien exclusif dans lequel il évoque aussi les rapports de la BAD avec le Maghreb et l’Algérie « où c’est quand même compliqué ! »

 

 Quel bilan dressez-vous de ce Sommet, notamment de son volet économique ?

 Je pourrais le résumer en 3 approches : investissements. On n’a pas parlé d’aide au développement on a surtout parlé investissements. Même si on a parlé aide, c’est plutôt dans le cadre d’un effet de levier pour l’investissement. 2ème approche : la France, et l’Europe, ont besoin aujourd’hui de l’Afrique. Et vice versa. Il y a encore quelques années, un homme politique français a dit « la France n’a pas besoin de l’Afrique ». Il se trompait. 3ème élément qui me parait capital, c’est ce changement de vision pour l’Afrique qui assimilait le continent à un continent condamné dans un raisonnement passéiste et misérabiliste. Aujourd’hui c’est le continent des opportunités. Parce que cela va dans le même sens que ce que disait Obama en Afrique du Sud et en Tanzanie. C’est donc une lecture faite par tous les grands dirigeants du monde. Ca ne règle pas tous les problèmes mais quand toutes ces approches sont mises ensemble, je trouve qu’il y a matière à prendre un nouveau départ pour le développement de l’Afrique.

 Mais l’Europe est-elle prête à entendre l’Afrique d’une autre manière ?

 Il n’y a pas d’autre alternative. La jeune génération des africains nés après les indépendances, est ce que l’on appelle en Afrique la "free génération", née dans les années 70 et 80. Ils ont une autre vision du monde. Ils sont connectés. Ils ont étudié en France, au Royaume Unis, au Canada, aux Etats Unis. Même ceux qui sont dans les villages ont des téléphones mobiles, ils s’envoient des sms et téléchargent des vidéos ou des applications. Si vous estimez que depuis 30 ans, le monde a changé alors l’Europe a changé et l’Afrique aussi. Chacun à sa façon. L’Europe a changé de deux façons : la chute du mur de Berlin a mis fin à une idéologie et une économie communisante qui était souvent exportée vers l’Afrique aussi par le biais de la guerre froide. L’Europe a changé aussi grâce à la chute de « Lehman Brothers» qui a mis fin à ces donneurs de leçon « voilà ce qu’il faut faire pour réussir ! ». Donc je pense que ces deux événements sont très importants. Pour l’Afrique, le changement est différent. Ce n’est plus l’axe nord-sud qui prime mais il y a aujourd’hui les axes sud-nord, sud-ouest mais également sud-sud et je dirais même Afrique-Afrique. L’Afrique aujourd’hui a plusieurs partenaires. Je disais récemment aux responsables économiques français que les banques françaises exagèrent le risque Afrique et qu’en Afrique de l’Ouest ce sont les banques marocaines qui les remplacent et se font de l’argent. C’est une vision du « risque Afrique » des Français et des Marocains qui est différente. L’Afrique a aujourd’hui le choix. Il fut un temps ou l’essentiel du PIB mondial était concentré dans très peu de pays. Aujourd’hui il s’est démocratisé. Il est partout. Dans le Golfe, en Asie du Sud-Est, en Chine, au Brésil, au Vietnam, en Thaïlande, partout. Ce monde qui a changé fait qu’il n’y a pas d’autre dialogue possible avec l’Afrique que de lui parler d’égal à égal. L’ancien dialogue paternaliste qui consiste à dire vous êtes pauvres, voilà de l’argent, des programmes et des discours passéistes, c’est fini.

 Mais n’y a-t-il pas le risque de voir l’occident avoir un intérêt purement conjoncturel à l’Afrique ?

 Il y a un Chef d’Etat qui a dit lors de ce Sommet « vous savez, dans une économie il y a deux rois : l’entrepreneur et le consommateur. Vous produisez parce qu’il y a un consommateur quelque part. Et le consommateur sur le plan mondiale il est où dans 10, 20, 30 ans ? Il sera essentiellement africain ! » Il n’a pas tort. Le pouvoir d’achat de l’africain augmente de façon exponentielle. On se rue aujourd’hui sur l’Afrique pour être aux premières loges demain. Les Africains seront 1,5 milliards en 2030, dont la moitié urbanisée et dont plus de 65% auront moins de 25 ans, donc nés depuis peu ou pas encore…

 En espérant des échanges win-win…

Ils n’ont pas le choix et ils le savent. En 1979, quand la Chine a commencé sa marche économique, j’étais étudiant à Londres, et on parlait d’elle avec mépris. On disait d’elle : « c’est la Haute-Volta avec des missiles nucléaires ! ». Vous connaissez la suite. En 30 ans le pays s’est industrialisé. Au début des années 90, l’Inde était assimilée à la Belgique, et le Brésil inconnu. Aujourd’hui l’Inde est une puissance nucléaire et économique et le Brésil construit des avions et des sous-marins. Regardez les changements économiques qui se passent dans les pays du Golfe malgré tous les problèmes géopolitiques de la région. Le Vietnam qui a connu des décennies de guerres discontinues est aujourd’hui une puissance économique émergente. Aujourd’hui, tout entreprise qui se respecte doit se dire : je dois regarder loin, je dois regarder partout, surtout là où il y a la démographie. C’est ça l’avenir.

 Les institutions multilatérales du type BAD ou Banque Mondiale sont aujourd’hui de plus en plus invitées à ce type de Sommets… est-ce important qu’elles soient présentes ?

 C’était très important de les faire venir. Surtout pour l’Afrique. Il y a trois aspects qui définissent l’Afrique dans les débats internationaux : la paix ; l’écologie et le développement. Ces facteurs sont liés. J’étais en visite il y a quelques temps au Sahel en compagnie du Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et du Président de la Banque Mondiale et là, plus que nulle part ailleurs dans le monde, cette triptyque paix-écologie-développement est indissociable : on doit se mettre ensemble pour en discuter. Nous avons nous un rôle à jouer ici. Le second élément est que par le passé, ces institutions multilatérales étaient considérées comme de grosses ONG qui collectaient des fonds en « vendant » aux grands bailleurs la « pauvreté et la misère de l’Afrique ». Aujourd’hui les choses ont changé. Ces organismes sont des institutions de financement du développement. Nous sommes au milieu du binôme investisseurs-pays d’investissements pour mettre en place les outils de financements, les effets de leviers et les garanties. Nous avons par exemple un programme d’instruments de garantie avec PROPARCO* pour la garantie du financement des entreprises privées africaines de près de 3 milliards de dollars. Donc notre mission elle-même a évolué. Ce n’est plus la grosse ONG qui va combattre la pauvreté au Burkina Faso. Il y a certes un peu de cela, mais l’essentiel pour nous c’est comment utiliser nos moyens et les instruments que nous avons pour faire absorber le risque Afrique tel qu’il est perçu pour que les investisseurs viennent en Afrique.

 La BAD semble avoir réévalué à la baisse ses interventions en Afrique du Nord.  Est-ce que c’est une réalité ?

 La lecture n’est pas la bonne. L’Afrique du Nord reste le partenaire le plus important de la Banque avec plus de 51% du portefeuille. Au Maroc, nous sommes le premier bailleur. En Egypte et en Tunisie nous sommes parmi les plus importants. Nous avons été les premiers à mettre de l’argent en Tunisie après la révolution. En parallèle, nous sommes une Banque. Nous ne sommes pas la Croix Rouge. Nous avons des normes prudentielles à respecter et à chaque fois que la Tunisie ou l’Egypte sont rétrogradés dans les agences de notations -ce qui s’est passé successivement et très rapidement- cela réduit les marges d’opération de la Banque. Nous sommes gênés par le fait que nous voulons aider ces pays mais le manque de visibilité politique des gouvernements de transition et le fait que les agences de notations les punissent quasiment tous les jours sur les marchés cela réduit considérablement notre marge de manœuvre. Je me réjouis que l’agence Moody’s vient de relever la note l’Egypte mais pour la Tunisie c’est l’inverse. Nous sommes en train de chercher des solutions de transit en attendant que la situation politique se stabilise. Une des options possibles - on en a discuté à Washington avec les ministres du G8 - est de mutualiser les risques de taux. C’est ce qu’on appelle les « Exposures Swaps », entre les différentes institutions multilatérales de financement tel que la Banque mondiale, la Banque européenne, la Banque islamique etc…D’autres part, nous sommes actuellement en train de discuter avec les Saoudiens, les Emiratis et les Koweïtiens pour voir comment mettre en place des instruments de garantie de nos financements en Afrique du nord. Eux ne sortent pas un dollar, ils garantissent et nous, nous finançons car nous connaissons mieux qu’eux l’Egypte ou la Tunisie par exemple où les risques de défauts de paiement sont quasi nuls. Tout le monde y gagne ! Nous essayons donc de délier la situation en Afrique du Nord où nous avons une forte concentration d’engagements tout en respectant, encore une fois, nos règles prudentielles.

 Il y a aussi les cas particuliers de l’Algérie et de la Libye…

 Nous avons en Afrique uniquement deux pays qui n’ont pas besoin de capitaux et c’est bien l’Algérie et la Libye. L’Algérie a même réglé toutes ces dettes en 2004. A tout le monde, y compris l’ex-Union Soviétique. La Libye, elle, a tellement de moyens que ce n’est pas ça leur problème. La Libye, c’est un Etat qu’il faut construire. Nous avions dit aux occidentaux « attention, ici c’est des tribus, ce n’est pas un pays ». On est en train de le voir aujourd’hui. L’Algérie, elle, a besoin d’un autre modèle de développement, d’un autre Business Model. Ce n’est pas l’argent qui lui manque. Il faut qu’elle sorte de son économie d’hydrocarbures, il faut qu’elle cherche à créer une classe moyenne d’entrepreneurs algériens même s’il faut aller chercher des instruments techniques ailleurs pour cela. Il faut sortir de la rente pétrolière.

 La BAD peut-elle aider techniquement l’Algérie à basculer vers ce nouveau Business Model ?

 C’est pour cette raison que nous avons ouvert un bureau à Alger. Nous voulons aider l’Algérie avec notre expertise et notre expérience des autres pays africains à développer un nouveau modèle économique basé sur des appareils productifs très larges et sortir de la rente des hydrocarbures.

 Vous avez des interlocuteurs en Algérie qui écoutent ce discours ?

 L’Algérie à un excellent ministre des finances et ce n’est pas parce que Karim Djoudi est un ami que je dis cela. Maintenant, il évolue bien entendu dans tout un environnement et des paramètres qu’il ne maîtrise pas. On en débat souvent, y compris avec MM. Laamamra et Sellal ainsi que de nombreux chefs d’entreprises algériens. Mais en Algérie, c’est quand même compliqué !

 Propos recueillis à Paris par Abderrahmane Hayane

 

 

*PROPARCO : sigle pour Promotion et Participation pour la Coopération économique, filiale de l'Agence Française de Développement (AFD).


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