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Lundi, 22 Janvier 2018

  •   El Kadi Ihsane
  • mardi 10 décembre 2013 11:06

La performance algérienne, ou l’illusion du mouvement sur une tablette bridée


               
Abdelmalek Sellal a trouvé la parade : face aux statistiques qui indiquent la stagnation de l’Algérie dans la performance économique, il a crée l’illusion du mouvement.  C’est lui qui bouge, à défaut de faire bouger les ratios. Si cette «péremptoire» allégation n’est pas convaincante, voici trois chiffres : la croissance du PIB restera inférieure à 3% pour la cinquième année consécutive en 2013 ;  la part de la production industrielle dans le PIB restera en dessous des 5% pour au moins la cinquième année consécutive ; les exportations hors hydrocarbures ne dépasseront pas les 2,5 milliards de dollars comme depuis 50 ans. Après cela, le premier ministre peut se montrer partout en même temps. Relizane, El Oued, Paris.

Le fait est qu’en dehors de la dépense publique, il n’y a rien à vendre. Sa dernière sortie cette semaine résume bien le statu quo. Il n’y aura ni retour sur le 51-49 pour les investissements étrangers ni début de réduction du budget – plus de 20 milliards de dollars par an ? – des subventions publiques multi-secteurs.  Le vrai mouvement dans la gouvernance économique est pourtant de ce côté-là. C’est un inspirateur de la politique économique des premières années Bouteflika qui le répète à travers le pays. Abdellatif Benachenhou, ancien ministre des Finances et ancien conseiller économique du président prêche une réaffectation urgente des ressources publiques ; seules 2% vont à l’investissement productif, porté majoritairement par le secteur privé.
 
Patiente édification du désastre. Mais ici s’arrête l’illusion du mouvement. Personne ne décide rien aujourd’hui. Seul Sellal parcours les wilayas et distribue de la «rachka» détournée du fonds de régulation des recettes publiques lui-même détourné du contrôle constitutionnellement prévu par les élus du peuple. Un discours insidieux laisse croire que la maladie du président et sa quasi paralysie opérationnelle a redonné une marge de manœuvre à l’exécutif : dialogue stratégique au sein de la tripartite sur un nouveau modèle de croissance, dépoussiérage des procédures bureaucratiques dans le climat des affaires, déblocage des points noirs comme la 3G :  écran de fumée. Le statu quo est résumé par le premier ministre lui-même : subventions tous azimuts, droit de préemption mécanique. Comment sortir de la dépendance à la rente énergétique en maintenant intégralement les travers qu’elle a générés.

En particulier, le sentiment enivrant de pouvoir tout acheter, y compris l’autonomie complète vis-à-vis de l’investissement étranger. La rente énergétique, en fin de vie, continuera à arroser plus largement les classes moyennes pour acheter un sauf-conduit historique au morphotype politique de type Khelilien. Et la recherche du dynamisme et de la technologie des entreprises étrangères n’est pas une priorité. Pendant ce temps et au moins jusqu’à l’après avril 2014 rien d’essentiel ne se fera. La 3G est lancée avec un énorme frein, la double numérotation. Le 4e appel d’offres de l’Alnaft, depuis l’amendement de la loi sur les hydrocarbures en janvier 2013, n’aura pas lieu faute de décret d’application, la signature électronique ne verra pas le jour avec cette ARPT là,  l’entrée en bourse d’Alger d’une dizaine d’entreprises publiques attendra. Par sa sortie sur les subventions et le 51-49, Abdelmalek Sellal s’est figé dans son ubiquité. Il n’est pas l’homme de la réforme. Juste celui du soin palliatif.  

L’Algérie est rentrée dans un temps hyper-politique : tout le monde cherche à vendre son bilan, ou son projet, à la criée.  Youcef Yousfi découvre d’anciens gisements à 50% de taux de récupération, Amar Ghoul fait parvenir le métro à Larbâa et à Réghaïa. Un homme maintient dans cette foire une constance impressionnante dans l’optimisme, qui n’est pas liée aux échéances électorales. Le directeur général de l’ANDI, Abdelkrim Mansouri, impeccable de stoïcisme, a toujours réussi à restituer une image enthousiasmante de l’attractivité de l’Algérie depuis huit ans qu’il est en charge de vendre cette destination complexe pour le capital mondial. Malgré la prise d’otage d’Orascom en Algérie à partir de  2008, l’effet rétroactif sur l’investissement AXA, la même année ; la mise en minorité obligatoire de l’investisseur étranger tous secteurs confondus en 2009, le droit de préemption automatique en 2009, le changement de la législation, toutes les LFC, les contraintes de rapatriement de dividendes récurrentes à la banque d’Algérie, Tiguentourine et l’affaire Fertial en 2013. Rien ne démonte M. Mansouri, toujours souriant pour annoncer l’avancée triomphale des IDE en Algérie. Le réseau Anima, des agences méditerranéennes de promotion de l’investissement vient, indirectement, de récompenser Abdelkrim Mansouri pour l’ensemble de son œuvre et sa ténacité. Anima salue la performance des IDE en Algérie en 2013, en grosse progression par rapport à 2012. Le principe du 51-49 est passé dans les mœurs. L’Algérie attire donc à nouveau les investisseurs étrangers, cela commençait à être le cas au milieu de la décennie 2000.  

Le bilan des IDE comme les autres rattrapé par les comparatifs : la vérité est malheureusement calquée sur le modèle Sellalien, de la fumée d’écran. Les IDE en Algérie ne sont pas au niveau d’un pays de 277 milliards de PIB en PPA. Là aussi les ratios sont impitoyables. L’Algérie tourne en moyenne à moins de 1% d’IDE dans son PIB. La Pologne en était à 11% avant la crise de 2008, la Turquie à 9% et le Maroc à 5%. Le site de la banque d’Algérie donne les flux entrants de capitaux chaque année. Pas les intentions d’investissement étranger recueillis par l’ANDI et versé à la colonne IDE.

La série révèle 2,28 milliards de dollars d’investissements étrangers directs en 2008, 2,54 en 2009, 3,47 en 2010, 2,04 en 2011 et 1,52 en 2012. La courbe, la vraie, celle que comptabilise la banque d’Algérie, décline depuis 2010. M. Mansouri annonce 2,28 milliards de dollars d’investissements étrangers au premier semestre 2013. Il faudra attendre la fin du printemps prochain et lire le compte capital de la balance des paiements pour se rendre compte que l’Algérie est peut-être revenue au niveau de 2010. Faire du statu quo l’illusion d’un bond en avant. Voilà la recette pour passer l’hiver électoral algérien.

Article publié dans le journal El Watan


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