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Vendredi, 23 Février 2018

  •   El Kadi Ihsane
  • vendredi 15 novembre 2013 08:30

Dépenses des ménages : l’ONS «découvre» pourquoi l’Algérie croule sous les détritus


L’enquête de l’ONS sur l’évolution des dépenses des ménages a fait du foin cette semaine :
Beaucoup de réactions dans le microcosme des économistes. A commencer par celle d’un membre du comité de pilotage de Nabni, qui soupçonne l’ONS d’avoir oublié de déflater le dinar de 2011 par rapport à celui de 2000. Car un triplement de la dépense des ménages en 10 ans paraît, en effet, assez invraisemblable. D’autant que le gonflement de cette dépense s’est encore accéléré après 2011, date à laquelle s’arrête l’ enquête décennale de l’ONS - rendue publique à la limite de 2014 ?- l’effet «préventif» du printemps arabe échappe aux conclusions. Il y a ensuite les inévitables critiques méthodologiques. Plusieurs spécialistes trouvent impertinent le découpage de l’ONS de la population algérienne par déciles (tranches de 10%) pour aboutir à la conclusion que les deux déciles qui ont le plus de revenus dépensent 40% du total et 7,4  fois plus que le décile le plus défavorisé.

De même, la comparaison des disparités entre milieu rural et milieu urbain (où elles sont, bien sûr, plus fortes) n’est pas jugée très parlante. Il faudrait cependant accéder au document complet de l’enquête - et non pas seulement à la dépêche de l’APS qui s’est emmêlée les colonnes- pour pouvoir mieux évaluer  la pertinence de l’approche. Il est vrai cependant que nous n’avions peut être pas besoin d’attendre -aussi longtemps- les conclusions d’une enquête de l’ONS pour savoir que la consommation des ménages a explosé en Algérie durant les 12 dernières années. Il y  a, bien sûr, plusieurs indicateurs saisonniers qui nous le rappellent. Celui de l’évolution des importations, hors plan d’équipement de l’Etat et commandes d’entreprises, est le plus probant.

Mais il y en a un autre qui est intuitif. Sensoriel dans l’espace public. L’ envahissement de l’Algérie par les déchets ménagers. Bien sûr que la dépense des ménages a fortement augmenté. Cela peut d’autant se calculer à l’évolution du rythme de croissance de leur production de déchets quotidiens que la part de l’alimentaire est restée particulièrement forte dans la dépense des ménages. A plus de 50% chez les plus modestes. Il y a là l’ occasion de disserter sur la non-émergence des dépenses de loisirs dans un pays qui, entre jeunesse de la population, urbanité et profondeur de territoire, a tous les ingrédients pour se divertir plus et dépenser mieux. Mais restons sur le cataclysme environnemental que la croissance rapide de la production des déchets ménagers a provoqué sur les paysages algériens, villes et campagnes réunies.

Le triplement supposé de la dépense des ménages aurait dû être une prospective à lancer en 2006-2007, lorsqu’il était devenu clair que le mode de consommation du pays allait être brutalement chamboulé par la hausse durable de ses revenus énergétiques.
L’ ONS, ou un autre organisme, aurait prévenu le gouvernement du (entre autres risques), tsunami des déchets ménagers, liés à la forte croissance de leur consommation domestique. Et peut-être alors que l’architecture du gouvernement à partir de 2008 aurait changé. Pour faire du ministère de l’ Environnement, de la Ville et de l’ Aménagement du territoire un peu plus qu’un ministère. Un pivot des politiques publiques des prochaines années. Car, de tous les risques que cette enquête de l’ONS révèle, celui de la disparité des niveaux des dépenses n’est pas le plus immédiat. L’ écart se serait même réduit entre riches et pauvres par rapport à la décennie précédente. Le risque majeur est bien l’impact environnemental de la déferlante des déchets ménagers de plus en plus volumineux. Ingérable.

Abdelmalek Sellal ne connaissait pas les conclusions de l’enquête de l’ONS lorqu’il est arrivé il y a 14 mois :
Il était, comme tout le monde, dans l’intuitif-sensoriel. Il a donc fait du «nettoyage» de l’Algérie son premier objectif à court terme. La campagne terminée, le déferlement des déchets ménagers a poursuivi son cours et l’Algérie est encore plus sale en octobre 2013 qu’ en septembre 2012. Retour à la charge, Alger bénéficie d’une astronomique enveloppe de dix milliards de dinars pour faire sa toilette. Le procédé Sellal n’ y est toujours pas. Campagne de court terme. Pas de méthode, pas de projection, pas d’instruments. A l’esbroufe.
Pourtant une opportunité s’offrait avec les nouvelles villes. Il était possible de faire de Sidi Abdellah, Bouinan, Boughezoul et autres nouvelles villes des modèles de laboratoires de villes à zéro déchet dans leur conception de départ. Possibe d’ y organiser les filières du traitement industriel des déchets à partir de leur première séparation à la source - dans le cahier des charges pour habiter une nouvelle ville- jusqu’au recyclage en passant par la récupération. Au lieu de quoi le ministère de l’ Environnement a été miniaturisé. Le département Ville lui a été retiré le 11 septembre dernier, pour être remis au secteur de l’Habitat où le ministre en poste ne fait que chercher de nouvelles assiettes foncières pour faire du logement et donc reproduire des espaces urbains sales et crisogènes. Abdelmalek Sellal œuvre pour reproduire à l’identique l’Algérie sinistrée environnementalement qu’il prétend «secourir» en libérant des enveloppes financières pour déplacer des amas de détritus. Les dépenses des ménages algériens ont, pendant ce temps, continué à croître depuis la fin de l’enquête ONS. Et la production des déchets ménagers aussi.

Le 18e Salon du livre d’Alger a été un troublant succès populaire :
Le réseau des librairies est indigent dans le pays. Comme si le SILA était la seule occasion de réduire le gap. Ajuster une fois par an une offre consistante de livres à une demande de lecture mal cernée le reste de l’année. En toile de fond du salon, un débat autour du projet de loi sur le livre. «Il est révolutionnaire» pour les uns, «à côté de la plaque» pour les autres. De quoi s’agit il ? Reconstruire une chaîne industrielle et commerciale viable, de l’auteur au lecteur, au profit de tous les acteurs. Entre autres, le ministère de la Culture obligera, au terme du projet de loi, les institutions à acheter les livres auprès des librairies de leur wilaya. Et pas au-delà. Mesure de relance du réseau de distribution. Le maillon, comme pour le cinéma, réputé le plus sinistré de la chaîne du livre. L’ esprit du projet de loi serait donc de faire revivre ce chaînon manquant, en lui garantissant un minimum de revenus pour inciter les investisseurs à y revenir. Ce sera sans doute plus facile à réaliser que pour les salles de cinéma et le rétablissement d’un réseau pour voir des films. L’Etat n’a pas, jusqu’ à nouvel ordre, de prétention de droit de préemption dans les librairies. Même s’il souhaite en contrôler les activités intellectuelles. Mais, nous dit Wadi Boussad, éditeur et libraire, les mesures de soutien que prétend apporter le projet de loi oublient l’essentiel : il n’ y a pas de contenus algériens suffisants produits pour les librairies. Et là le curseur de la réforme doit se déplacer vers l’amont. Il faudrait donc un mécanisme d’aide à la production de livres orienté vers les auteurs et les éditeurs et non indirectement par le confortement du métier de libraire. La crise des contenus est le mal algérien de la fin des années Bouteflika. Pour l’audiovisuel,  l’internet, la 3G, et les libraires. Les contenus algériens n’ont pas émergé. Verrou politique. Persistant. La part de l’alimentaire dans les dépenses  des ménages constaté par l’enquête de l’ ONS en est un autre aveu.

Article publié dans le quotidien El-Watan


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