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Mardi, 22 Mai 2018

  •   El Kadi Ihsane
  • mardi 26 novembre 2013 14:22

Algérie-Iran-Qatar : rien de pire que l’auto-sanction économique



Pourquoi l’Iran est-il allé aussi vite vers un premier accord avec les puissances occidentales sur son programme nucléaire ?

C’est la grande question de la semaine. Multitude de réponses. La plus proche de la réalité est que les signaux internes de l’économie iranienne l’exigeaient. Les sanctions ont rendu le produit made in Iran plus cher et en ont ralenti la diversification. Faute d’inputs. Le temps était venu en 2013 pour Téhéran de relancer à la fois la prospection d’hydrocarbures, notamment de gaz naturel — l’Iran abrite les premières réserves du Proche-Orient, leur exportation et les flux de capitaux et de technologies qui permettent d’accueillir des délocalisations compétitives comme cela avait été le cas avec Peugeot, obligé de quitter le pays pour des raisons de sanctions. Toujours sur cette veine de la contrainte économique, la lecture de la prospective a poussé également les Iraniens à reconsidérer leur bras de fer sur le nucléaire. Les excédents énergétiques carbonnés des producteurs de l’Opep sont clairement menacés de mévente sur les 15 prochaines années à cause de la révolution du gaz et du pétrole non conventionnels en Amérique du Nord, mais aussi parce que la pression climatologique monte inexorablement. La croissance de la consommation des grands pays industrialisés en énergie «productrice» d’effets de serre s’est déjà ralentie depuis la crise des subprimes. Elle restera basse lorsque la reprise économique reviendra dans deux ou trois ans.

Comprendre de cela que l’Iran a bien saisi qu’il ne fera plus son beurre avec la rente énergétique dans un avenir plus proche en dépit de son potentiel bien supérieur à celui de l’Algérie, hors renouvelable et que, par conséquent, il était devenu impératif de préserver et de poursuivre un développement productif de son économie. Téhéran a choisi, pour devenir une puissance économique émergente, de sacrifier le volet militaire de son programme nucléaire.  Il n’a pas besoin d’être un Pakistan bis. Il a pour autant sauvegardé son droit reconnu par le TNP à la maîtrise de l’énergie de l’atome civil. Les taux d’enrichissement de l’uranium seront bas et les sites de centrifigeuses sous contrôle. L’Iran produira, à ces conditions, lui-même le combustible de ses prochaines centrales électronucléaires. Sur le plan économique, la filière de l’électricité nucléaire iranienne continuera de croître dans un contexte non conflictuel. C’est une bonne nouvelle, particulièrement bonne qu’elle met le gouvernement Netanyahu hors de ses gonds. C’est aussi un événement qui annonce une accélération des changements dans la géopolitique de l’énergie et une prospective plus difficile pour les pays exportateurs nets de pétrole et de gaz naturel.

Si cette prospective troublée des modèles exportateurs d’énergie fossile avait besoin d’un flash de confirmation.

Il est livré par Maghreb Emergent cette semaine : les khalijis de Qatar Steel envisagent d’abandonner leur investissement dans le complexe sidérurgique de Bellara. Bonne nouvelle,  répliquent aussitôt, dans les commentaires du journal électronique, les anti-investissements khalijis en Algérie : «Ce ne sont pas eux qui détiennent les métiers de l’acier.» Là n’est pas le débat cette fois.
L’important, tout comme dans la décision des Iraniens sur leur programme nucléaire, est de savoir pourquoi les Qataris envisagent, en comité réduit et confidentiel pour le moment, de revenir sur un engagement signé en grande pompe en présence des deux chefs d’Etat du temps où le président algérien pouvait encore mimer une présence, non pas parce que la configuration du 51-49 dans la répartition du capital les incommode. Ils l’avaient accepté. Selon la source qui donne l’information, le projet de renoncer à un investissement industriel de 5 milliards de dollars en Algérie s’inscrit dans une démarche globale de Doha de remise à plat de ses investissements à l’international. En un mot, le périmètre des engagements financiers est devenu trop grand alors que l’avenir est incertain.

Il y aura donc une réduction de voilure. Elle commence là où la rentabilité des projets n’est pas exceptionnelle où leur faisabilité trop compliquée. C’est le cas du projet sidérurgique de Bellara près du port de Djendjen sur le littoral Est algérien. Le Qatar fait en définitive la même lecture de l’avenir que l’Iran. Il considère que la croissance de ses excédents financiers liés à la rente énergétique fossile va se ralentir. Voir s’inverser avec le changement de paradigme énergétique en cours dans le monde, il en tire la conclusion qu’il doit être plus regardant sur le développement de son portefeuille d’actifs dans le monde. Bellara risque de quitter donc ce portefeuille.  

Pendant ce temps, à Alger, l’action économique reste connectée à un avenir immuablement radieux de la rente énergétique !  

Les pays de l’Opep se préparent à un monde de moindre rente d’énergie fossile qui arrivera plus tôt qu’annoncé. Ils font les ajustements qui s’imposent. Dans le cas iranien, il s’agit d’un retournement complet. Qu’est-ce qui a permis ces spectaculaires évolutions ? Un changement politique. Il est ostentatoire à Téhéran avec l’arrivée de Hassan Rohani à la présidence de la République plus subtil à Doha avec l’intronisation du fils Al Hammad. Hors de propos à Alger avec la prétention indécente à un quatrième mandat présidentiel. L’Algérie est, avec l’incrustation de Abdelaziz Bouteflika, bloquée sur un mixte sectaire et adipeux Ahmadinejad-Al Hammad père. Elle ne veut pas envisager sérieusement le changement en cours de la géopolitique de l’énergie, donc de ses revenus externes.

Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, dépense depuis quatre mois en moyenne 30 milliards de dinars en rallonges budgétaires par chef-lieu de wilaya visitée. Redistribution électoraliste de rente en évaporation, car pendant ce temps, l’excédent commercial algérien a fondu de moitié, sans que la dynamique de la substitution à l’investissement n’arrive à décoller. N’en déplaise à Abdelkrim Mansouri, le téméraire DG de l’ANDI, content d’annoncer des chiffres des IDE en forte croissance au premier semestre 2013, oubliant de rappeller qu’ils repartent de tellement bas après le crash réglementaire de 2009. L’Iran et le Qatar s’adaptent au monde ouvert où leurs excédents se déversent. L’Algérie croit à l’immobilité du temps et des personnes. Rien de pire que l’auto-sanction économique.

Article publié dans le journal El Watan


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