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Vendredi, 20 Avril 2018

  •   Pierrette Meynier
  • samedi 30 novembre 2013 08:34

Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires (note de lecture)

 

Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires, livre de Claire Rodier, présente de façon neuve la question du contrôle des frontières, devenu un focus majeur des préoccupations et des craintes de notre système dit « mondialisé ».

 

Claire Rodier est juriste au GISTI (1), elle a travaillé à la Cimade et elle a été la cofondatrice du réseau nord-africain de Migreurope (2). Son livre présente de façon très neuve la question du contrôle des frontières, devenu un focus majeur des préoccupations et des craintes de notre système dit « mondialisé ».

Sont en effet de plus en plus aux commandes des organismes de gestion de la sécurité qui relèvent d’une véritable industrie sécuritaire, système prébendier de bouclage des frontières. Afin que ce système rapporte beaucoup, il faut développer la peur. Pour cela, il faut élever des « murs » -pour l’Europe, c’est la barrière du système Frontex (3) - et aussi édifier des centres d’enfermement et des prisons. Les migrants sont ainsi présentés comme un péril pour la demeure Europe. Et, plus ils sont dangereux, plus l’insistance sur ce danger médiatisé permet de renforcer le système sécuritaire. Nous sommes là dans une spirale exponentielle.

Sur le plan politico-sécuritaire, on notera les salons de présentation des nouvelles techniques de « la sécurité » qui font florès - de la surveillance par jumelles et radars aux drones dernier cri, via la sophistication des fichiers informatisés pour repérer les migrants, avérés ou potentiels. Y est assidûment présente l’agence Frontex mandatée par les États. Elle entretient des rapports de connivence permanents avec les promoteurs de ces salons où les « gardiens de la sécurité », en accointance concertée avec les États, y voient d’un bon œil une aubaine pour leurs perspectives financières.

Les « accords de réadmission » (4),  conclus surtout pour refouler des migrants, notamment en les renvoyant dans leur pays d’origine, sont négociés aussi au profit des firmes sécuritaires; en sont parties prenantes les professionnels de l’armement, ceux de l’aéronautique et les firmes privées de transport… La direction de Frontex est au cœur de colloques et de séminaires qui réunissent appareils policiers, délégués des ministres concernés, et bien sûr rentiers du « xénophobie business ». Les pouvoirs établis des pays pourvoyeurs de migrants n'y trouvent-ils pas aussi leur compte ?

« C’est le cas des rencontres organisées par le SDA (Security and Defence Agenda), think-tank bruxellois composé de représentants de l’OTAN et de l’UE, de gouvernements et de parlements nationaux et de l’industrie (tous ces membres étant également des financeurs), ainsi que les universités et des médias. Dans ces enceintes où se tissent les liens entre bailleurs de fonds et les entreprises, Frontex occupe une place stratégique : financée par les premiers, elle est courtisée par les secondes, qui ont tout intérêt à son développement et à son autonomisation » (p. 162)

Ce livre accrédite la thèse, qui est entre autres celle de la Cimade qui se bat pour un nouveau regard sur les migrations : seule envisageable est une politique d’hospitalité, humainement fondée, mais aussi économiquement rentable au profit de l’ensemble des populations concernées -au sud comme au nord (de la Méditerranée). Claire Rodier dévoile que si l’on veut empêcher les gens de franchir les frontières, ce n’est pas en soi par nécessité -intérêts économiques, intérêts politiques, sous-tendus en l’occurrence par l’effroi des risques d’invasion- mais pour l’essentiel parce qu’il est devenu urgent de reconvertir l’économie de guerre classique -affrontements entre armées nationales, expéditions ponctuelles de remise au pas : Irak, Afghanistan, Libye… Paradoxe d’un système « mondialisé », la planète terre est aujourd’hui clivée par un « cadenassage » qui, non seulement ne résout aucun des problèmes cruciaux de ce monde, mais encore les aggrave - misère, anxiété, refoulements, rancœurs inhérents à la claustration mondiale s’en trouvent accrus. On rappellera in fine que les barrages édifiés dans l’histoire n’ont jamais connu la pérennité voulue par leurs concepteurs : n’en déplaise aux frontexiens et autres gardiens figés du XXIème siècle, tôt ou tard, les barrières se brisent, du mur entre Juifs et Gentils du temple de Jérusalem (5) au mur de Berlin, via le limes de l’empire romain, la muraille de Chine, la ligne Maginot, le mur de l’Atlantique… en attendant que tombe aussi le mur de séparation israélien dressé en Cisjordanie.

 

(*) Pierrette Meynier est l’ancienne présidente de la Cimade Rhône-Alpes. Elle en est actuellement une bénévole de base.

 

Notes

 

1) Groupe d’information et de soutien des immigrés.

2) Le réseau Migreurope regroupe une quarantaine d’associations européennes et africaines dressées contre la « guerre aux migrants » menée par l’Europe, qui militent pour la libre circulation des personnes.

3) Frontex (acronyme de Frontières extérieures) est l’agence européenne pour la gestion concertée de la garde des frontières face aux migrants, en vue de la sécurité alléguée des membres de l’Union européenne en concertation avec les autres États -au moyen de patrouilles, de bateaux, d’avions, de drones...-, dont le coût est chaque année plus élevé.

4) Accords signés entre l'Europe et un Etat du Sud ou entre un Etat européen et un Etat du Sud.

5) Nouveau Testament, Epître aux Éphésiens, 2-14

 

Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires de Claire Rodier Paris : La Découverte (Cahiers libres), 2012, 194 pages.


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