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Mardi, 23 Janvier 2018

  •   Alain Gresh
  • samedi 28 septembre 2013 06:45

Moscou et Pékin critiquent l’interdiction des Frères musulmans

 

Dans cet article publié initialement dans Nouvelles d’Orient, Alain Gresh* rappelle que si la Russie et la Chine n’ont pas condamné la destitution du président égyptien Mohamed Morsi, elles montrent des signes de vraie inquiétude après l’interdiction des activités de la confrérie des Frères musulmans.

 

Si le coup d’Etat du 3 juillet en Egypte, qui a renversé le président Mohammed Morsi, a suscité de nombreuses condamnations, notamment dans l’ancien tiers-monde (Le Caire a même été suspendu de l’Union africaine), la Russie et la Chine sont restées dans l’expectative. Très critiques des Etats-Unis, accusés d’avoir soutenu les Frères musulmans, les médias égyptiens s’en sont réjouis et ont même évoqué un renversement d’alliance qui aboutirait au retour aux années 1960, quand Le Caire et Moscou avaient forgé des relations stratégiques — inutile de préciser qu’il s’agit de pures spéculations, l’armée égytienne étant liée à son homologue américaine par de nombreux accords, dont une aide financière annuelle considérable.

La prudence de Moscou et Pékin, leur refus de condamner le coup d’Etat, s’explique par bien des raisons. Parmi elles, la peur du fondamentalisme islamique qui ne menacerait pas seulement le Proche-Orient, mais aussi la Russie et la Chine elles-mêmes, confrontées à ces mouvements.

Les deux commentaires suivants, qui suivent la décision d’un tribunal égyptien d’interdire les Frères musulmans (décision qui semble suspendue pour l’instant), sont d’autant plus intéressants. Ils reflètent une vraie inquiétude sur les choix du nouveau pouvoir et les risques d’extension de la violence.

Le premier émane de l’envoyé spécial du président russe pour les pays africains, Mikhaïl Margelov (il est aussi le président du Comité des affaires internationales du Conseil de la Fédération). Ils sont rapportés par l’agence russe Interfax (23 septembre 2013). Selon le diplomate, l’interdiction des Frères musulmans réduirait les chances d’un règlement politique de la crise en Egypte.

« Si les Frères musulmans sont expulsés de la vie politique par la force, alors les voies vers une solution politique des problèmes de l’Egypte seront coupées. Ces islamistes modérés semblent bénéficier, aux yeux de la communauté internationale, d’une situation avantageuse, celle d’être persécutés par une dictature militaire, en violation de tous les principes de la démocratie. »

Cette décision de la cour compliquera la situation, poursuit-il en substance, « les Frères musulmans revenant à leur place habituelle de mouvement clandestin, parce que l’interdiction officielle ne détruira pas cette organisation qui est la plus ancienne dans le monde musulman et qui a été endurcie par son existence clandestine ».

« Après cette décision, on peut prédire avec certitude la radicalisation d’une partie des islamistes modérés. (...) Les rangs des extrémistes seront renforcés par ceux qui ont été exclus de la vie politique. » Margelov ajoute que « les actions terroristes qui ont lieu actuellement en Egypte peuvent se transformer en une guerre terroriste ».

Deuxième commentaire, celui de Tian Dongdong, de l’agence de presse officielle chinoise Xinhua (en anglais) écrit par Tian Dongdong, « Political reconciliation ultimate solution to Egypt unrest » (24 septembre).

« Alors qu’un tribunal égyptien a interdit lundi [23 septembre] les Frères musulmans et décidé de saisir leurs fonds, il est évident que le gouvernement intérimaire et les militaires sont déterminés à écraser l’organisation afin d’obtenir un retour à la stabilité.

Toutefois, en poussant encore plus fortement la confrérie dans une impasse, cette décision risque de produire plus de violence plutôt que de briser le cercle vicieux de l’agitation qui sévit depuis des années dans le pays le plus important du monde arabe.

En apparence, la crise a été provoquée par une profonde division entre les forces politiques du pays, mais il est indéniable que la cause de l’instabilité de l’Egypte ce sont les conditions de vie inacceptables de ses citoyens.

« Et de nombreux analystes s’accordent pour penser que l’incapacité à améliorer les conditions socio-économiques du pays est la principale raison de l’éviction de Mohamed Morsi. À cet égard, le gouvernement intérimaire qui lui a succédé n’a pas mieux réussi.

Les données officielles montrent que depuis que Morsi a été évincé en juillet, plus de 600 usines ont été obligées de fermer ou de s’arrêter en raison de la violence et de l’instabilité résultant des vagues de protestations, qui en retour, paralysent encore plus une économie déjà en difficulté. » (...)

« A ce moment critique, un dialogue inclusif basé sur la confiance mutuelle et l’égalité serait la meilleure option pour les Egyptiens, alors que la confrontation ne peut que créer une situation sans issue qui entraînera le pays encore plus profondément dans la violence. »

Après avoir rappelé que la confrérie a déjà vécu des périodes de répression et a été interdite à deux reprises, le commentateur remarque : « L’organisation dispose de millions de membres et partisans, et s’est révélée un concurrent tenace dans l’arène politique. Bien que considérablement affaiblie par l’armée, la confrérie, qui soutient Morsi, est encore capable de riposter, ainsi que le démontre la forte augmentation des agressions contre les points de contrôle et contre des hauts fonctionnaires dans les deux derniers mois. » (...)

« Compte tenu du rôle unique et central de l’Egypte dans les affaires régionales et du monde arabe, l’agitation prolongée dans le pays est une mauvaise nouvelle pour la stabilité du Proche-Orient dans son ensemble. Tous les acteurs du conflit en Egypte doivent faire preuve de courage et de sagesse pour faciliter le dialogue et la réconciliation, seuls moyens pour sortir le pays de la crise. »

La poursuite de la répression, l’arrestation de milliers de cadres et de militants de la confrérie, la relance des procès militaires de civils, la décision prise le 25 septembre par le président par intérim, M. Adly Mansour, de modifier le code de procédure pénale et de permettre la détention illimitée de personnes inculpées pour des crimes graves (susceptibles d’aboutir à la peine capitale) — ce qui est le cas de nombre de dirigeants des Frères musulmans — traduisent une orientation inquiétante qui rompt avec les aspirations de la révolution du 25 janvier 2011.

 

(*) Journaliste et écrivain, Alain Gresh a publié plusieurs ouvrages sur le Moyen-Orient dont nous citerons De quoi la Palestine est-elle le nom? (Editions Les Liens qui libèrent, 2010), Israël, Palestine : Vérités sur un conflit (Editions Fayard, 2001) et Les 100 portes du Proche-Orient (avec Dominique Vidal, Éditions de l'Atelier, 1996).


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