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Mardi, 23 Janvier 2018

  •   El Kadi Ihsane
  • mardi 2 juillet 2013 12:39

Loin du CNES, la rencontre furtive d’une autre Algérie avec une autre mondialisation

 

L’économie algérienne, à l’inverse des tunisienne et marocaine, n’a pas émargé au modèle classique de la délocalisation industrielle avec ses segments de sous-traitance et d’assemblage. Elle n’a pas réussi non plus à faire émerger un système de production national basé sur la demande interne*.

 

Le Conseil national économique et social, CNES, a organisé, au palais des nations de Club des pins, un forum du cinquantenaire de l’économie algérienne la semaine dernière. Au même moment, de l’autre côté de la baie d’Alger, le cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (CARE) invitait l’économiste franco-algérien El Mouhoub Mouhoud à un petit format conférence petit-déjeuner. Le conférencier de CARE avait en contrepoint l’économiste Mustapha Mekidèche, vice-président du CNES, qui avait accepté de faire le saut Club des Pins - Pins maritimes pour un évènement programmé de longue date. Qui aurait finalement gagné à se dérouler dans l’enceinte du Palais des Nations au profit de tous les participants au forum du CNES tant son contenu résume l’histoire économique de l’Algérie et anticipe en bonne partie son proche futur.

El Mouhoub Mouhoud nous explique, en gros, que l’Algérie, qui n’est pas entrée dans le premier modèle de segmentation de la chaîne de valeurs à travers le monde, a devant elle sans doute une seconde chance de le faire, plus avantageusement. Car la mondialisation se replie dans la relocalisation. Dans les territoires proches des donneurs d’ordres. Une sorte de deuxième service. En fait, les deux facteurs-clés qui avaient donné un coup d’accélérateur aux délocalisations compétitives des années 80 de l’Europe et l’Amérique vers l’Asie sont en train de s’éroder: la faiblesse des coûts en travail et celle des coûts de transports maritimes.

Tout le monde refait ses calculs. Pour un taux horaire du travailleur chinois en constante progression et un renchérissement rapide du coût du conteneur transporté depuis les ports asiatiques, qu’est-ce qu’il vaut encore la peine de maintenir en production aussi loin ? Moins de segments et de produits qu’il y a dix ans. Là où le propos devient très intéressant, c’est que le mouvement de relocalisation ne s’entend pas comme un retour sur le site historique. Car, dans le cas qui nous occupe, celui de l’Europe de l’Ouest, entre le début des années 1980 et aujourd’hui le mur de Berlin est tombé et la Méditerranée s’est rattachée à l’Europe par des accords de libre-échange.

Le théâtre de la nouvelle redistribution de la chaîne de valeurs est régional. Il inclut l’Europe de l’Est, la Turquie et la Méditerranée du Sud. Les entreprises européennes relocalisent donc en partie sur leurs sites domestiques; en partie sur un arc proximal d’activité qui s’est consolidé ces dernières années dans la proximité euro-méditerranéenne. L’économie algérienne, à l’inverse des tunisienne et marocaine, n’a pas émargé au modèle classique de la délocalisation industrielle avec ses segments de sous-traitance ou d’assemblage, selon les préférences des donneurs d’ordre. Elle n’a pas réussi non plus à faire émerger un système de production national basé sur la demande interne.

La bonne nouvelle est donc qu’elle peut capter la nouvelle vague de migration d’usines dans le monde. Celle du retour près des grands centres de consommation. Mieux encore, cette nouvelle version de la mondialisation est moins asymétrique que la précédente. Car l’écart qui existe aujourd’hui entre les pays détenteurs du savoir-faire, des procédés de production et du marketing et ceux en mesure d’accueillir les nouvelles localisations de segments de valeurs, n’est pas le même que celui des années 1980. Voir par exemple la réduction de l’écart en pratiques industrielles entre la Tunisie et l’Italie. Ou encore entre le Maroc et l’Espagne.

Les pays d’accueil peuvent légitimement prétendre à la co-traitance et à la coproduction. C’est- à-dire à un partage plus équitable de la valeur générée et des acquisitions liées au procédé industriel. Ce nouveau modèle serait même dans l’intérêt des pays de la Méditerranée du Nord qui ont besoin de puissants relais de croissance proches des standards communautaires européens. Et non plus de voisins du Sud affaiblis par un modèle qui profite des bas coûts en travail et ne laisse rien derrière lui. Pour le conférencier de CARE, professeur à Paris Dauphine, tout le monde, dans la nouvelle distribution des cartes du capital, ne peut pas prétendre à être un pays d’accueil d’investissements dans le modèle vertueux de la coproduction. Il faut pour cela avoir une taille critique en développement. L’Algérie l’a. Mais cela ne suffira pas.

Car les donneurs d’ordre européens ne viendront pas installer leur système de production sur des territoires cloisonnés. Pris chacun individuellement, les pays du Maghreb ne sont pas assez attractifs pour de grandes implantations de coproduction. A peine le restent-ils pour la vieille sous-traitance qui, aujourd’hui, ne permet plus au pays d’accueil de faire une remontée de la chaîne de valeurs, c’est à dire de s’approprier les cœurs de métier.

Après avoir pendant la plus grande partie de sa conférence montré la possibilité d’un nouveau schéma de croissance qui permette de produire en Algérie pour plusieurs marchés à la fois tout en faisant de la substitution à l’importation, le Professeur Mouhoud a refroidi l’ambiance avec un pré-requis tétanisant. Il faut pour cela réfléchir Maghreb sans frontières économiques.

Une tare endémique chez les régimes de la région qui vient d’au-delà du premier modèle de la sous-traitance. Et que le printemps tunisien n’a pas encore réussi à résilier. Dans les nouvelles incitations à la relocalisation, le paramètre de coût du travail n’est plus décisif comme avant. Il est de plus en plus vite rattrapé par la robotisation des process de travail. Il faut donc construire d’autres avantages compétitifs pour attirer les entreprises étrangères dans des partenariats équitables. Point de départ un diagnostic très fin de l’expérience industrielle algérienne.

Par filière, par métier, par ratios R et D sur valeur ajoutée, balance devise, ou indices de capitalisation humaine. Un diagnostic qui n’est pas encore fait. Que le forum du CNES ne pouvait bien sûr pas faire. L’important n’est pas la part des français dans Renault Algérie, mais la part des composants fabriqués en Algérie dans le produit d’Oued Tlelat. Il est et restera longtemps très faible en dépit du 51/49%. L’Algérie n’est bien sûr pas prête pour la co-localisation. Elle risque bien de rater le second âge de la mondialisation. Pour les mêmes raisons que la première fois. Elle sniffait le tuyau de fuel.
 

(*) Cette chronique a paru dans le quotidien El Watan, le 2 juillet 2013.


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