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Samedi, 21 Avril 2018

  •   El Kadi Ihsane
  • lundi 15 juillet 2013 16:50

Comment Sellal veut « freiner la consommation des ménages algériens »

 

Les directeurs des banques publiques viennent de recevoir une note du Premier ministre. Abdelmalek Sellal leur demande, en gros, de réfléchir ensemble à de nouveaux moyens de «freiner la consommation des ménages algériens» en agissant sur le levier du financement du commerce extérieur. En décrypté, le gouvernement veut donner un nouveau tour de vis aux importations de biens de consommation. Les précédents n’ont marché que modérément. Pour mémoire, il s’agit notamment, de la taxe sur véhicule neuf (2008), de la suppression du crédit à la consommation (2009) et de l’instauration du crédit documentaire obligatoire pour les importations (2009). Insuffisant *.

 

Les mesures ont contenu la croissance des importations sans l’infléchir. Elles sont devenues incompressibles sous les 40 milliards de dollars. La nouvelle salve de mesures que s’apprête à lâcher le gouvernement Sellal cible, avec les banques, les mêmes mécanismes. Décourager administrativement les importateurs. Sans se mettre à dos les partenaires commerciaux de l’Algérie sourcilleux de la non-érection de barrières nouvelles aux flux d’échange. Il faut bien sûr vivement espérer que Sellal ne marche pas ici sur les pas d’Ahmed Ouyahia. C’est-à-dire sur un sentier sablonneux de l’action régalienne de court terme. Qui ne va pas à l’essentiel.

D’abord la forte consommation des ménages est partout dans le monde des économies réactives, une bonne nouvelle. Les pays de l’OCDE souffrent depuis quatre ans de l’affaissement de leur demande domestique. En Algérie, Sellal fait des migraines parce que les Algériens consomment plus que prévu. Alors même que l’Etat employeur est la principale source depuis cinq ans de la hausse rapide du revenu disponible en Algérie.

La réponse vertueuse à son mal de tête tient en trois leviers : orienter les Algériens vers une consommation de biens et de services algériens plus disponibles et plus compétitifs, les inciter à épargner plus et surtout mieux, enfin les amener à consommer moins une catégorie précise de produits importés. Dans les trois cas la balle est dans le camp des politiques publiques. Et sûrement pas dans les «think tank» inventifs des banques publiques. Et dans de nouvelles chicanes réglementaires pour retarder, à coût additif pour le consommateur final algérien, l’acte d’importation. Il s’agit donc, non pas de «freiner la consommation des ménages algériens», mais de réorienter positivement l’utilisation de leurs revenus. 

Commençons par le plus évident. Le poste carburant dans la balance commerciale. Le rapport de l’AIE, pointe la hausse des importations algériennes de carburant. Le prix trop bas des carburants en Algérie finance désormais le raffinage européen. Même si cette conjoncture peut changer dans les cinq prochaines années avec le programme de réalisation de six raffineries en Algérie, c’est l’occasion d’agir sur un des premiers postes de gaspillage : l’énergie fossile. Mais il est bien sûr plus facile pour Abdelmalek Sellal de faire ajouter une feuille 21x27 au dossier bancaire des acteurs du commerce extérieur que de taxer le carburant comme le revendiquent une grande majorité d’experts.

Second levier porte sur l’usage des revenus disponibles, la diversification des incitations à l’épargne des ménages. Le logement en est le réceptacle historique en Algérie. Il est en train d’en naître une bulle qu’aucune étude sérieuse ne veut mesurer. Pendant ce temps, le marché financier qui est partout ailleurs dans le monde l’autre grand aspirateur d’épargne, ne décolle pas. Le gouvernement Sellal pourrait, par exemple, décider de multiplier par trois le nombre d’entreprises publiques prévues à l’ouverture du capital à la Bourse d’Alger, et diviser par deux les délais de leur entrée. Faire naître en deux ans un grand actionnariat populaire est techniquement faisable.

Politiquement cela nécessite plus de leadership que celui qu’il faut pour envoyer une instruction à la Banque d’Algérie afin de rendre plus complexe la transaction documentaire des opérations d’importation. Enfin le plus essentiel. La consommation des Algériens ne rencontre pas assez de biens et de services locaux. Raison pour laquelle elle est un cauchemar pour le gouvernement au lieu d’être un indicateur de dynamisme. Il faut donc libérer l’offre domestique. Cela dépend aussi du politique.

La preuve éclatante s’étale devant nous depuis le début du Ramadhan. L’ouverture aux forceps et non encore légalisée de la diffusion audiovisuelle a provoqué une vraie explosion de la création pour les nouvelles télévisions privées. Elle a propulsé l’activité de production, mais aussi le marché de la publicité. La balance devises de cet appel d’air est intéressante. Pour quelques millions de dollars de matériel de broadcasting importés, ce sont de grands budgets d’annonce supplémentaires qui reviennent vers l’Algérie.

Sans compter les emplois créés, adossés à une vraie industrie et non pas au budget de l’Etat. L’expérience d’une ouverture qui agit positivement sur la consommation interne est transposable à la filière du numérique toujours paralysée par le monopole d’Algérie Télécom sur internet et par l’impasse sur l’internet mobile. Taxer le carburant, lancer un actionnariat populaire, laisser faire les acteurs de la nouvelle économie... et de l’ancienne. C’est un programme de présidentiable. Or, officiellement, Abdelmalek Sellal n’est toujours pas un candidat à la présidence de la République.
 

(*) Cette chronique a été publiée initialement dans le quotidien d’El Watan.


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