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Mardi, 23 Janvier 2018

  •   El Kadi Ihsane
  • mercredi 5 juin 2013 11:36

Algérie-Tunisie, le moment de faire un grand geste de solidarité économique

 

La très bonne conjoncture financière algérienne tire à sa fin. Disons-le tout de suite. Ce n'est qu'en partie une mauvaise nouvelle. Trois indicateurs: les exportations algériennes d'énergie vont continuer à baisser en volume mais aussi, désormais, en valeur, le matelas des réserves de change va plafonner avant d'entamer un atterrissage si le plan d'équipement de l'Etat n'est pas redimensionné, le fonds de régulation des recettes budgétaires poursuivra sa décrue pour financer le déficit du budget de l'Etat*.

 

Scénario amovible sur le calendrier. Durant les cinq prochaines années. Plus étalé ou plus ramassé selon les experts. La gouvernance économique reviendra naturellement à ce qu'elle sait finalement faire le mieux. Des coupes sombres. Comme dans les années 1990. Nous n'y sommes pas encore. Mieux. Il est toujours possible d'infléchir les politiques publiques vers des scénarios plus cléments.

L'une des plus grandes frustrations des années de pétrole cher restera définitivement le non-déploiement de l'Algérie à l'international. 200 milliards de dollars de réserves de change, pas de fonds souverain, pas de politique d'acquisition d'actifs stratégiques, pas d'ambition régionale. Est-il trop tard pour bien faire en 2014 lorsque le pays se sera débarrassé de l'immobilisme asphyxiant du bouteflikisme tardif ?

Des spécialistes disent que le plus gros des opportunités est passé entre 2008 et 2012. Le marché actions est en train de remonter en 2013. Pas pour tous les actifs, notent d'autres spécialistes. L'Algérie pourrait encore faire de très bonnes affaires à l'international si elle le décidait rapidement. Cevital vient de montrer la voie en se rendant acquéreur d’Oxxo, l'enseigne française numéro 1 européen de la menuiserie en PVC, une entreprise déstabilisée par l'effondrement du marché continental du bâtiment, très dynamique en Algérie. D'autres géants du privé national, comme le groupe Hasnaoui de Sidi Bel Abbes, ont également pris des positions en Espagne dans leur métier, le bâtiment. Dans un cas comme dans l'autre, l'objectif est de rapatrier à moyen terme du savoir-faire technologique et des standards d'organisation avant de profiter un jour de la reprise des marchés européens de la réalisation.

La gouvernance économique de l'ère Bouteflika ne sait jouer qu'à domicile. Dos au mur. Pour renationaliser ArcelorMittal à Annaba à des conditions défavorables sans jamais s'intéresser à l'évolution de son actionnariat sur les bourses où son titre est coté. Ou pour prendre la majorité à OTA au ticket de plus de 3 milliards de dollars sans se demander ce que ce montant permet d'acquérir à la Bourse du Caire en titres Orascom. Les opportunités sont encore là. Mais l'acteur vivant qui doit les voir et les saisir est, lui, absent. Et pas pour des raisons de santé.

Incompatibilité de paradigmes. Celui du président Bouteflika et de sa gouvernance n'a jamais intégré le monde comme un terrain d'action économique. N’est jamais sorti de la relation des années 70: fournisseur vs client. Sonatrach veut doubler la capacité de raffinage national pour la faire passer de 30 millions à 60 millions de tonnes en construisant, seule, six nouvelles raffineries. "Une pure folie financière, écologique et stratégique" estiment de nombreux cadres du secteur. L'Europe est en excédent structurel de capacités de raffinage depuis plusieurs années et des raffineurs en faillite peuvent être acquis à l'euro symbolique. Sonatrach a tout à gagner à partager son plan d'équipement et son risque opérationnel entre de nouvelles raffineries en Algérie et des acquisitions en Europe pour approvisionner en produits pétroliers... son marché domestique. Et ses clients européens si le marché venait à se décanter. Dans l'intervalle, pour réaliser son plan d'autonomie en carburants, l'Algérie devra recourir à un ajustement de l'offre par les importations. Autant que Sonatrach soit l'exportateur vers l'Algérie.

Cette manière de se projeter hors d'Algérie aura été le grand impensé officiel des dernières années. Que peut donc faire encore de "grand" l'Algérie du bouteflikisme finissant, avec sa décennie glorieuse de pétrole cher ? Aider financièrement la transition démocratique tunisienne. Au lieu de prêter de l'argent au FMI pour qu'il le fasse à sa place et lui en abandonner les dividendes politiques. Une réserve vis-à-vis d’Ennahda ? Le parti islamiste modéré, qui gouverne en alliance avec des laïques, est entré en guerre contre le salafisme violent. C'est le moment de faire un geste. Un geste d'Etat à Etat qui ne nécessite pas l'ingénierie d'un fonds souverain et d'un pacte d'actionnaires. Un territoire où les caciques d'Alger sont encore à l'aise.

Les Maghrébins se souviendront que l'Algérie a été riche un jour et qu'elle a compté chichement. A l'ombre d'une grande Mosquée à plus d'un milliard de dollars. Les Algériens, eux, ne sont pas contraints d'attendre leurs gouvernants. La reprise de la destination de vacances Tunisie peut être, dès cet été, une manière spectaculaire de dépenser solidaire. En souvenir de la bienveillante soupape tunisienne de la terrible décennie rouge.

 

(*) Cette chronique a été publié dans le quotidien El Watan en date du 3 juin 2013.


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