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Mardi, 23 Janvier 2018

  •   Dr Sabrina Rahimi
  • dimanche 20 octobre 2013 21:33

Alger : Spéculation immobilière et indécence du marché dans une ville défigurée

 

La spéculation immobilière à Alger a atteint un seuil intolérable, estime l’auteure de cet article. Elle rappelle que les prix dans les quartiers du centre ne tiennent compte ni de la vétusté du bâti ni de la difficulté de stationner ni du taux d’intérêt bancaire élevé sur les prêts pour acquérir un logement (quelque 6%). Le marché immobiliser doit être sévèrement régulé, préconise-t-elle, si on ne veut pas que cette bulle spéculative explose dangereusement.

 

Inutile d’être expert en immobilier pour comprendre que le marché immobilier en Algérie a atteint l’indécence. Il faut juste être un citoyen lambda avec tous ce que cela sous-entend comme parcours du combattant pour avoir un logement.

Acheter un bien immobilier pour habitation en dehors de tout placement financier et de blanchiment d’argent, quelle gageure !!! Je ne parle pas du chemin labyrinthique pour acquérir un logement soutenu par l’Etat, des années voire de la décennie d’attente et des conséquences sociologiques qui en découlent ou encore, plus inavouable, des acrobaties d’influences que cela nécessite. La location est une solution qui reste, aussi, fastidieuse alors que la pratique courante dans la plupart des pays du monde est le payement mensuel avec un ou deux mois de garantie, il est imposé à l’Algérien d’allonger un an d’avance pour un loyer faramineux dans un environnement souvent médiocre, plus les frais d’agence et ceux du notaire.

Encore une fois on se rend bien compte que le pays avance la tête à l’ envers. Des prix défiant toutes les lois d’un marché immobilier qui devrait tenir compte au moins d’un paramètre essentiel, le revenu moyen du citoyen algérien. Un marché donc échappant à toute forme de régulation et a la logique économique la plus élémentaire.

Autre incohérence, celle du système bancaire qui annonce un financement immobilier pouvant aller jusqu'à 80% du prix d’achat se basant sur l’avis d’experts conventionnés avec la dite banque. Ces derniers feront une évaluation réelle du bien, à juste titre, alors que l’acheteur sera confronté au prix spéculé. Sans oublier que ce dernier sera taxé sur la valeur réelle du marché et non celle évaluée par l’expert et validée par la banque ! Dans le cas où un accord entre acheteur et vendeur n’est pas trouvé, l’acheteur aura déboursé, a perte, le prix de l’expertise qui est, au bas mot, d'environ 60.000 dinars.

Prenons l’exemple d’Alger. Des immeubles magnifiques, souvent dans un état de délabrement, d’insalubrité et de dangerosité. Combien de passants ont-ils reçu un bout de balcon sur la tête ou, au mieux, y ont-ils échappé de justesse ? Combien de balcons risquent-ils de s’effondrer sans l’excuse d’une moindre secousse tellurique ? Et pourtant, on continue à pratiquer dans cette ville des prix affolants qui ne tiennent compte ni de la vétusté des bâtisses, ni de la difficulté à stationner et ni du taux d’intérêt bancaire qui est au alentour de 6%, alors qu’il devient dérisoire lorsque l’on achète du neuf.

Il ne suffit pas d’un lifting pelliculé des façades d’Alger centre pour redonner son lustre à cette ville magnifique. Le problème est souvent d’ordre structurel et civique. C’est un véritable chantier de restauration qu’il faudrait envisager et un travail de conscientisation du « citoyen-habitant ».

 

Une bulle qui va fatalement exploser

 

Cette bulle spéculative ne pourra pas grossir indéfiniment et fatalement son explosion aura des conséquences redoutables même si beaucoup ne veulent pas le croire. Dans un pays où le seul placement sûr est l’immobilier, alors que nous n’avons pas de véritable économie a valeur ajoutée, cela est inéluctable. Réguler le marché de l’immobilier en Algérie ne pourra se faire que s’il y a une volonté et une décision politique ferme. Cette régulation permettrait au citoyen un accès plus facile à l’achat ou à la location et diminuerait de façon drastique la tension de la demande du logement soutenu par l’Etat.

Toutes ces difficultés autour de l’acquisition d’un logement se font dans un environnement de villes traumatisées et défigurées. Nos villes reflètent l’agression qu’à subie la citadinité, au sens large et profond, par l’intrusion d’une ruralité qui n’a pas su s’adapter. Nous sommes passés de l’urbanité des villes au à la rurbanité (ruralité-urbanité).

Sur le plan esthétique nous devrions avoir la palme d’or du mauvais goût et du délire architectural si on peut parler d’architecture hormis quelques édifices. Un véritable sujet d’étude socio-architecturo-psychanalytique.

Trouver des solutions à ce carnage nécessite un travail de titan et la mise en place d’une véritable politique de la ville :

 - réhabiliter les quartiers qui ont une valeur historique et urbanistique ;

- revenir à une architecture et à des matériaux de construction plus en adéquation avec notre climat, notre mode de vie et notre culture ;

- créer des écoles de formation professionnelles pour la restauration ;

- repenser l’espace public comme un espace de partage et non pas uniquement comme un espace de passage et intégrer les espaces verts dans les cités et les villes ;

- créer des quartiers nouveaux avec des ratios cohérents en termes d’habitats collectif, semi-collectif, individuel, des espaces de loisir, afin d’éviter les cités et des villes dortoirs ;

- créer des agences foncières plus agressives qui doivent viabiliser les terrains avant de les vendre en tenant comptes des normes urbaines afin d’éviter tout débordement sur la route et les trottoirs ;

- définir des ratios de densité urbaine selon la vocation des quartiers : d’affaires, d’habitation, etc. ;

- interdire la démolition des constructions qui ont un cachet particulier ou situés dans certains quartiers, la démolition de villas pour construire des immeubles, etc. ;

- mieux classer des constructions ou des quartiers ;

- définir des cahiers des charges strictes et les appliquer.

Pour finir, il est légitime de se poser la question suivante : jusqu'à quand allons-nous subir le diktat de la spéculation immobilière, et continuer à voir nos villes péricliter? En attendant, une réponse plausible, continuons à rêver les yeux ouverts !


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3 Commentaires

  • C'est une opinion passionnelle qui vaut la peine d'être luet. Ce qui se passe en Algérie se passe ailleurs dans le monde. Il a un nom: c'est la GENTRIFICATION (mot anglais qui est aussi un franglais). Il est lié à l'ultralibéralisme prédateur. De ce fait, la spéculation devient une conséquence et non une cause. C'est un sujet plus complexe qu'il n'est présenté dans ce texte.
    Dr, faites attention aux coquilles! Ce sont elles qui révèlent votre passion, nervosité et écœurement dans votre rédaction.

    Rapporter un lambda rural dimanche 27 octobre 2013 10:30
  • Je suis d'accord avec vous ouafa. Bravo pour votre courage.

    Rapporter Claudine Vaillancourt mardi 22 octobre 2013 20:44
  • Bravo à l'auteure pour avoir touché à un argument si douloureux et honteusement tu par ceux qui devraient se charger du dossier et qui laisse dans une confusion incomparable . Ce pays est devenu triste et encore plus sinistres sont ceux qui le gouvernent !!!!!!

    Rapporter ouafa mardi 22 octobre 2013 14:19