Connexion S'enregistrer

Connexion à votre compte

Identifiant
Mot de passe
Maintenir la connexion active sur ce site

Créer un compte

Pour valider ce formulaire, vous devez remplir tous les champs.
Nom
Identifiant
Mot de passe
Répétez le mot de passe
Adresse e-mail
Répétez l'adresse e-mail
Captcha
Mercredi, 26 Juillet 2017

  •   Akram Belkaïd
  • lundi 23 décembre 2013 19:47

La Tunisie en transition : 2014, l’année cruciale

Tounes HourraDes étudiants de l'école Polytechnique de Tunis forment les mots : « Tounes Hourra » (dr)

Entre pièges et espoirs, 2014 s’annonce une année cruciale pour la Tunisie : terminer une transition politique dans un contexte économique et social très délicat.


En janvier 2014, la Tunisie commémorera le troisième anniversaire de la chute du régime de Zine el Abidine Ben Ali. Depuis cette date, ce pays a connu une transition politique des plus difficiles marquée, entre autre, par la victoire, certes relative, du mouvement Ennahda aux premières élections libres depuis l’indépendance de 1956 et par l’apparition de violences terroristes qui ont profondément choqué la population. Au seuil de 2014, la Tunisie en est donc à se poser de multiples questions. De l’avis de tous les acteurs politiques locaux mais aussi des experts qui suivent de près la région, l’année qui vient sera décisive et cruciale. Sur le plan politique d’abord. Récemment désigné au terme d’un dialogue national laborieux, le Premier ministre Mehdi Jomaâ va devoir respecter une feuille de route très ambitieuse. En effet, la mission paraît des plus difficiles. Faire aboutir la rédaction d’une nouvelle Constitution, organiser des élections pour la faire adopter mais aussi deux scrutins législatif et présidentiel : la tâche paraît immense dans un contexte où Ennahda alterne le chaud et le froid, donnant l’impression un jour d’accepter l’alternance et, un autre, de la refuser.

Un défi politique

De fait, Mehdi Jomaâ et son équipe vont devoir rattraper le temps perdu depuis octobre 2011, date de l’élection de l’Assemblée constituante. Arriver à convaincre les parlementaires de finaliser le texte suprême ne sera pas une mince affaire ; pas plus que de réunir le consensus au sein de la classe politique toute entière à propos de la manière dont les diverses élections seront organisées, gérées et, surtout, surveillées. Pour beaucoup d’observateurs, la tâche paraît insurmontable dans un délai aussi serré. Mais le temps presse. Chaque jour qui passe augmente les obstacles politiques et ajoute à la confusion. D’alliances passagères en contacts secrets, de discussions ouvertes à des menaces de rétorsion, il est bien difficile de dresser une carte politique de la Tunisie d’aujourd’hui cela d’autant que les fidèles de l’ancien régime s’emploient à semer la zizanie et à activer dans l’ombre pour la restauration d’un régime fort qui pourrait autoriser l’ancien dictateur à rentrer au pays. « Il faut qu’on vote et vite, reconnaît Ilyes T., un ingénieur qui avoue avoir pris ses distances avec Ennahda après avoir beaucoup espéré en ce parti. « La campagne électorale va permettre une décantation des choses. Et les gens vont se remettre à espérer en renouant avec l’ambiance de l’été 2011 où tout semblait encore possible » ajoute-t-il.

Bien entendu les nuages sur le plan politique demeurent nombreux. Ennahda jouera-t-elle le jeu et ses dirigeants accepteront-ils de passer au second plan ? Plus important encore, la situation sécuritaire va-t-elle s’améliorer et les menaces terroristes disparaître. A ce sujet, l’une des grandes leçons de la période de transition, c’est que des attentats ont toujours eu lieu alors que la Tunisie se rapprochait d’une solution politique. Dans un contexte régional agité, marqué par une instabilité de la Libye et par la montée en puissance de réseaux à la convergence entre l’activité criminelle et le djihadisme, le gouvernement Jomaâ va avoir la lourde tâche d’empêcher que la violence ne fasse déraper ce que l’on appelle déjà à Tunis « la nouvelle étape » de la transition. Pour ce faire, les autorités tunisiennes comptent pour beaucoup sur l’Algérie, certains officiels ayant requis l’anonymat regrettant même le manque d’engagement d’Alger sur ce sujet.

Un défi économique

Sur le plan économique, la Tunisie paraît, là aussi, loin d’être tirée d’affaire. Certes, l’activité reprend dans plusieurs secteurs et la croissance du PIB pourrait atteindre 3% l’année prochaine. Mais cela n’est guère suffisant. Le pays reste confronté à une situation sociale des plus alarmantes, le taux de chômage dépassant les 30% dans certaines régions, tandis que les financements extérieurs promis tardent à être confirmés. Au lendemain de la chute de Ben Ali, plusieurs économistes dont Radhi Meddeb, président de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (Ipemed), estimaient urgent d’investir dans l’intérieur du pays. Or, trois ans plus tard, la Tunisie oubliée attend encore ses autoroutes, ses usines ou ses centrales électriques voire ses universités. Au désenchantement du lendemain de la révolution s’y ajoute le sentiment que c’est toujours le Sahel (la région côtière) qui tire profit du changement de régime. Plus important encore, ce nouveau gouvernement transitoire va devoir définir son positionnement politique tant sur le plan intérieur qu’extérieur. Au niveau national, les questions fondamentales posées au lendemain de la chute de Ben Ali restent posées. L’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), le syndicat qui a joué un rôle pivot dans les négociations du dialogue national, réclame la refonte du modèle économique du pays. Elle exige des revalorisations salariales et le renforcement des lois protégeant les salariés des zones franches où, sous Ben Ali, syndicats et droits sociaux n’existaient pas ou presque. L’UGTT veut aussi un engagement ferme contre les privatisations d’entreprises publiques et met en garde contre la multiplication de projets de type PPP (partenariats public-privé) où l’Etat tunisien n’aurait plus un droit de regard sur la gestion des chantiers économiques. A l’opposé, le patronat tunisien veut plus d’ouverture et exige une action ferme contre les activités informelles qui ne cessent de croître. Problème, ce secteur est la seule issue pour des milliers de jeunes tunisiens au chômage, ces derniers étant toujours enclins à réinvestir la rue s’ils se retrouvent privés de moyens de subsistance.

Sur le plan extérieur, le gouvernement Jomaâ va devoir se positionner vis-à-vis de partenaires étrangers qui ont beaucoup pesé pour la conclusion d’un accord politique. En premier lieu, la nouvelle équipe devra faire mentir les accusations d’une partie de l’opinion publique tunisienne qui voit en ce gouvernement un objet docile aux mains des Européens et du Fonds monétaire international (FMI). Nouvel accord d’association avec l’Union européenne (UE), mise en place de réformes économiques, notamment celle concernant la réduction des subventions aux produits de première nécessité, assainissement du secteur bancaire comme le demande le FMI depuis plusieurs années : tous ces dossiers seront autant de pièges pour l’équipe de transition qui devra à la fois rassurer sur sa capacité à diriger le pays tout convainquant de son indépendance vis-à-vis de parrains qui risquent d’être de plus en plus encombrants


Évaluer cet élément
(0 Votes)

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.