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Vendredi, 20 Avril 2018

  •   De Paris, Abderrahmane Hayane
  • samedi 7 décembre 2013 12:58

Pour les acteurs économiques africains, la France doit leur "parler argent pas solidarité"

France en cote d'ivoirePour la France, sa présence militaire en Afrique est un atout pour regagner un marché où elle est en perte de vitesse.

Le discours officiel du Sommet France-Afrique ouvert vendredi à Paris est à des lieues de celui, moins diplomatique, des acteurs économiques africains. Pour eux, la France doit agir comme la Chine et l’Inde et cesser de déguiser ses intérêts dans le continent en entreprise humanitaire paternaliste. Elle a d’autant plus intérêt à jouer carte sur table, estiment-ils, que ses parts de marché dans le continent sont en plein déclin.

 

Une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement sont présents à Paris au Sommet de l’Elysée entre la France et l’Afrique, ouvert hier vendredi. Pendant deux jours, ils doivent parler surtout de la paix et de la sécurité en Afrique. Alors que la France joue actuellement un rôle de premier plan au niveau militaire, elle souhaite, lors de cette réunion, renouveler l'exercice des sommets France-Afrique teintés, selon les critiques, d'un parfum néocolonial…

On reprend les mêmes et on recommence…Enfin presque. Cette année c’est à François Hollande, le « nouveau » chef d’Etat français, d’être aux manettes de cette grande et habituelle kermesse des relations franco-africaines (26ème édition). Ironie de l’histoire : le Sommet avait été validé en mai dernier par François Hollande...et Mohamed Morsi, l’ancien président égyptien aujourd’hui en prison. L’Egypte, suspendu de l’Union africaine, n’a pas été invitée. Hollande, toujours au plus bas dans les sondages, a repris seul le flambeau. Entre-temps, il y a eu la guerre au Mali, l’intervention en cours en Centrafrique, la maladie du président Bouteflika, l’absence surprenante (mais l’est elle vraiment ?) du Roi Mohamed VI - qui a préféré prolonger son séjour américain- et le « gros lapin » de Jacob Zuma, le président sud-africain qui avait pourtant promis d’être là lors de la visite du président français en Afrique du Sud, en octobre dernier…

Pour la forme, on est passé des sommets « France-Afrique » du temps de Giscard d'Estaing au sommet « Afrique-France » ! En réalité, rien n'a changé sur le fond entre le grand chef blanc et ses « amis africains » si ce n'est que ces derniers ont désormais le monde entier dans leurs salles d'attente… Ce qui a été supprimé, c’est le dîner la veille de l’ouverture du sommet réservé aux seuls présidents du « pré carré » francophone. Une distinction à laquelle tenait tout particulièrement feu le président gabonais, Omar Bongo. Dans le guide distribué à la presse pour le sommet des 6 et 7 décembre, on voit que tous les Etats africains sont classés par ordre alphabétique, à l'exception de la « France », placée en tête… Un vieux réflexe ! », explique Antoine Glasser, ancien directeur de la publication la Lettre du Continent sur la radio RFI.

Dans la première mouture du projet de ce sommet, il n'était question que de la France des droits de l’homme, celle qui mobilise le monde entier sur ce « pauvre » continent africain. Un discours très sécuritaire, très humanitaire, en dissonance avec celui des pays émergents comme la Chine, le Brésil, la Turquie, l’Inde…. Dans un deuxième temps, ce Sommet de « paix et de sécurité » a été complété, deux jours avant, par un Forum économique avec une prise de conscience que la France avait encore une vision anachronique de l'Afrique et dans une relation encore compassionnelle et paternaliste…Ce fut le premier temps de la valse afro-française de cette fin de semaine parisienne.

 

La France concurrencée en Afrique par la Chine, l’Inde et la Turquie

 

La France, qui a perdu du terrain dans les marchés africains, souhaite donc aujourd’hui forger un nouveau partenariat économique avec ce continent, cherchant à créer une nouvelle dynamique économique entre les deux parties.

Début avril, lors de son voyage officiel au Maroc, le président français avait présenté son « idée neuve » de la co-localisation, encourageant les chefs d'entreprises français à « co-localiser » et « coopérer » avec les Africains afin de reconquérir les marchés africains.

Une façon diplomatique pour dire que la France a réellement perdu du terrain sur le continent. Et les chiffres sont impitoyables : sa part de marché au Sud du Sahara a décliné de 10,1 % à 4,7 %. Outre la Chine, dont la part de marché en Afrique est passée de moins de 2% en 1990 à plus de 16% en 2011, nombre de pays ont intensifié leurs liens avec l'Afrique, notamment l’Inde et la Turquie. Au même moment, la croissance économique, que connaît l'Afrique depuis plus d'une décennie, est de 5% par an en moyenne, juste derrière l'Asie et loin devant l'Europe. Le produit intérieur brut (PIB) du continent devrait croître de 5,6% en 2013 et de 6,1% en 2014.

D’où le cri de cœur, sincère, du ministre français de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici : « la France a besoin de l'Afrique et de sa croissance pour créer des emplois ! » En clair : l’Afrique est aujourd’hui le futur nouvel eldorado des entreprises européennes et des économies des ces pays en recherche de relais de croissance qu’ils ne trouvent plus chez eux, embourbés dans une crise économique qui n’en finit plus.

Cette « idée neuve » peut-elle forger réellement une nouvelle approche politique et économique de la France en Afrique? Entre les formules protocolaires d’usage échangées entre les chefs d’Etats lors de ce Forum et les propos plus terre à terre et moins alambiqués des participants des différents ateliers organisés autour du Forum, le fossé semble important.

Pour Jean Kakou Diagou, le jeune président de la Fédération des organisations patronales d’Afrique de l’Ouest, il faut arrêter de tourner autour du pot : « Nous devons parler business, affaires, argent. Nous ne sommes pas dans un monde de bisounours. Si la France aujourd’hui veut reconquérir ces parts de marchés perdus au cours de ces dernières années, elle doit adopter une parole libre et directe comme les Anglo-saxons. Parlons affaires et arrêtons de croire que nous sommes encore dans de l’assistanat ! ». Même son de cloche chez la plupart des hommes d’affaires présents lors de ce forum. « Prétendre reconquérir ces parts de marché en continuant à distiller un discours lénifiant qui place l’Afrique, encore une fois, en position de faiblesse face à la toute-puissance technologique de l’Occident, en général, et de la France, en particulier, est une mauvaise lecture de la géopolitique actuelle. L’Inde et la Chine sont autrement simples dans leurs démarches et parlent argent, pas solidarité » explique Jean-Jacques Grunspan, DG de la SEEE, une société ivoirienne d’ingénierie et de réalisation de travaux du bâtiment.

 

Sommet France-Afrique ou salon promotionnel pour les firmes françaises

 

Avec certains hauts dirigeants d’institutions monétaires africaines engagées dans le développement du continent, on n'est pas loin de la remise en cause de la tenue même de ce Forum. En aparté et en off, ils s’indignent de la présence massive de Chefs d’entreprises français venus « à la foire africaine des chéquiers ». « Sommes- nous dans un lieu de prospective et d’élaboration stratégique d’une nouvelle démarche économique entre la France et l’Afrique ou un salon promotionnel des entreprises françaises ? » Des propos durs qui reflètent le malaise d’une partie des élites économiques et politiques africaines lors de ce Sommet.

Fort de son taux de croissance à faire rêver Wall Street, les bourses de Londres, de Frankfurt et de Paris réunis, l’Afrique ne veut pas être uniquement le relais de croissance de cet Occident à genou. « Aider l’occident à se redresser et remettre à flot son économie ? Pourquoi pas. Mais avec des règles du jeu différentes. Ou en parle win-win, transfert de technologies, formation, co-localisation et partage de savoir ou alors les Africains iront voir ailleurs et la Chine, qui investit massivement sur le continent, a un boulevard devant elle » explique Mathieu Nzingua, chef économiste à la Banque commerciale du Congo.

Les entreprises françaises, en dehors de certains groupes, sont donc aujourd’hui largement sous la pression des pays émergents. Ce qui reste d'unique à la France sur ce continent, c’est son armée, ses bases militaires, pour jouer d'une diplomatie d’influence. Pour freiner la décroissance française, François Hollande tente aujourd'hui d'utiliser cette présence militaire pour relancer une France décomplexée à la recherche de contrats…


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1 Commentaire

  • c'est la frança afrique qui revient au galop

    Rapporter slimane dimanche 8 décembre 2013 11:44