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Lundi, 22 Janvier 2018

  •   El Kadi Ihsane
  • vendredi 6 décembre 2013 19:02

La brève rencontre avec Mandela que je n'ai pu raconter

 Mandela11 février 1990 : après 27 ans en prison, Nelson Mandela est libre (dr)

 En 1990, l'Algérie et l'Afrique du sud sont encore en quasi état de guerre symbolique. Mais la libération de Nelson Mandela, le 11 février, permet les premières visites de journalistes algériens. Histoire inédite d'un moment hors normes dans la vie d'un professionnel.

 Je suis à Johannesburg depuis 11 jours. Et rien. Ou presque. Nous sommes le 15 avril 1990 et je suis le second journaliste algérien à séjourner en reportage en Afrique du Sud depuis la libération, deux mois et quatre jours plus tôt, de Nelson Mandela. Mon ami Meziane Ourad, Grand reporter à Algérie Actualités, m'a précédé quelques semaines plus tôt sur la piste de Madiba. Il était le premier pour l'Afrique du sud qui n'a pas encore abolit l'Apartheid, et reste soumise à embargo par l'Algérie et une grande partie de la communauté internationale. Il me reste à être le premier pour l'entretien. A Alger, je n'ai rien promis à ma rédaction de Horizons. Et personne ne m'a rien exigé. Je suis d'abord là pour raconter le pays nouveau qui se lève. La demi-poignée de médias qui a obtenu une interview exclusive de Nelson Mandela est planétaire. Il ne faut pas rêver ! Je rêve pourtant. Dès le premier jour, je me précipite au siège de l'ANC, dans le rutilant centre-ville de "Jobo", pour déposer ma requête. "Il faut que Nelson Mandela dise quelque chose aux algériens. Ils l'aiment tant. Et puis l'ALN l'a formé à la guérilla. Nous sommes des frères".  "On verra" me répond un responsable de la communication perturbé par l'indigence de mon anglais, "ce sera très difficile, mais je vous promets que j'essayerai. Trouvez un traducteur en attendant ! "

Je tourne autour d’Old Man

Durant 11 jours je tourne autour de "Old Man". Sans jamais l'apercevoir. Il est hors champ. Et je suis dans les taxis.  Un jour, un sujet, un envoi. Je visite l'immense ghetto noir de Soweto, prends des photos devant l'ancienne maison de Mandela, où Winnie, son épouse, ne vit plus, couvre une meurtrière fusillade policière dans un township près de Jobo, interviewe un leader syndical métis de gauche, dresse le portrait de commerçants blancs, raconte la place boursière, les premiers meetings de l'ANC redevenue légale depuis 70 jours : mais point de Mandela. Lorsque je parle de l'Algérie, on me demande des nouvelles d’Ahmed Ben Bella. Les mythes fondateurs sont les plus solides. Celui que je pourchasse est insaisissable. Mon contact au siège de l'ANC me propose un autre dirigeant. Je décline. A mon hôtel, sur la butte de Hillsborrow, je traque tous les matins au petit déjeuner, Mandela dans les journaux. Il a fait un aller-retour en Zambie. Naturel, la première base arrière de l'ANC était dans ce pays voisin. Mais rien sur ces prochaines sorties. Je suis un peu moins perdu en anglais qu'au premier jour. Mais le dernier jour arrive. Je vais repartir demain le 16 avril et je n'aurais pas recueilli le moindre mot de la personnalité politique la plus courue de la planète. Un message en rentrant le soir à mon hôtel me met en mode "commando". C'est Christian Chase, du bureau de l'AFP à Johannesburg, qui me prévient que Mandela va prendre un avion pour Londres le soir et qu'il devrait y avoir un point de presse à l'aéroport Smut de Jobo. Il m'avait hébergé pour écrire et envoyer mes articles, il m'offre un cadeau de départ. Je ne sais pas si j'arriverai à temps. Mais je suis dans un taxi dans la minute qui suit. 

Il est là à moins de deux mètres

Dans le hall de l'aéroport je tombe sur Walter Sisulu. A ce moment de l'histoire de l'Afrique du sud c'est le second personnage le plus emblématique de la cause anti-apartheid. Une autre icône. Bon signe. Il parait détendu, heureux d'apprendre que je suis algérien. Je tiens un premier "sonore". Voilà qu'un mouvement de foule s'amorce. Mandela est annoncé dans une aile voisine. Un leurre. Des journalistes me retiennent. Il ne va pas passer par là " reste avec nous". Cinq minutes plus tard, nous sommes parqués dans un petit hall où déboule la petite délégation de l'ANC, et, au milieu, la silhouette messianique de "old man". Il s'arrête, sourit, commente d'une boutade, notre attroupement improvisé, et devient immédiatement grave à la première question qui fuse. Je suis devant Nelson Mandela, à moins de deux mètres. Et je m'entends rester sans voix durant les 5 ou 6 minutes où dure l'échange avec la dizaine de journalistes qui m'entourent. C'est la première fois qu'il part en Occident. A Londres, pour un concert à Wembley célébration de sa récente libération. Je vois encore le beau visage d'ascète de Mandela s'assombrir lorsqu'il doit rappeler à la communauté mondiale qu'elle ne doit pas lâcher la pression de l'embargo économique sur Pretoria. Quelques jours auparavant Margaret Thatcher, dont il va refuser l'invitation au 10 Downing Street, a suggéré la levée des sanctions, maintenant que Mandela était libre et l'ANC reconnue.

Next trip ? Algiers ?

Est-ce que je peux dire en rentrant à Alger que j'ai interviewé Nelson Mandela deux mois après son retour à la lumière sans lui poser la moindre question ? Non. Je m'entends alors, tandis qu'un accompagnateur indique poliment que l'avion attend, lancer haut et fort, " Newsman from Algeria. next trip Mrs Mandela ? Algiers ?" Madiba est déjà parti, poussé vers le sas du contrôle de police. Il ne m'a pas répondu. Il m'a regardé et sourit. Et je pense qu'il m'a dit oui en hochant de la tête. Moins d'un mois plus tard il était à Alger. Peu de capitales ont connu ce privilège, à ce moment à la fois chancelant et enthousiasmant de l'histoire de la nation sud-africaine. Sur le chemin du retour, lors d'un diner à mon escale parisienne, j'essaye de raconter l'histoire brulante de ma brève rencontre avec Nelson Mandela. A la table, une amie me vole la vedette en racontant avec force détail sa découverte du Mont St Michel, le week end d'avant. Je me tais. Aujourd'hui je l'écris. Adieu Old Man. Je t'aimais tant.

 

 

 

 


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