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Vendredi, 20 Avril 2018

  •   Yassin Temlali
  • dimanche 22 septembre 2013 10:03

Egypte - Une augmentation du SMIG pour… mieux lutter contre les Frères musulmans

Hazem El BiblaouiLe Chef du gouvernement égyptien Hazem El Biblaoui.

 

Le gouvernement égyptien a relevé le SMIG à 1.2000 livres (+71%) mais les 18 millions salariés du privé ne bénéficieront pas de cette augmentation. Des économistes préconisent, pour financer les revalorisations salariales, une plus grande imposition des hauts revenus et la fixation d’un plafond pour les salaires des hauts responsables qui peuvent atteindre le quintuple du salaire du « plus haut fonctionnaire du monde, le président des Etats-Unis.

 

 

Après moult hésitations, le gouvernement égyptien a décidé d’augmenter le Salaire minimum à 1.200 livres égyptiennes à compter de janvier 2014. Celui-ci était fixé, depuis la mi-2011, à 700 livres (1 euro = 9,30 livres au cours actuel de la monnaie égyptienne) alors que les syndicats et les mouvements de gauche revendiquaient, déjà à l’époque, qu’il soit relevé à 1.200.

La décision des autorités égyptiennes a été prise dans un contexte d’inquiétante instabilité politique et sécuritaire, sous la pression de protestations ouvrières continues depuis la chute de Hosni Moubarak (février 2011). Des membres du nouveau régime semblent y avoir joué un rôle déterminant. Alors que le Chef du gouvernement Hazem El Biblaoui évoquait la question salariale avec une grande prudence, son adjoint Ziad Bahaa Al Dine déclarait à la presse que l’augmentation du SMIG était à l’ordre du jour.

Cette pression, par médias interposés, correspondrait à une certaine conscience de ce que la lutte contre les Frères musulmans ne peut être menée sans concessions au monde du travail qui soient plus substantielles que la toute symbolique nomination au poste de ministre de la Main-œuvre de Kamal Abou Aita, un des fondateurs du mouvement syndical autonome. La situation sociale est, en effet, préoccupante, caractérisée par la paupérisation de larges secteurs populaires due, entre autres facteurs, à une importante inflation (un taux annuel de 9,74% en août dernier). D’ailleurs, une augmentation du salaire minimum de 71% est un retentissant aveu de l’abîme dans lequel patauge le pouvoir d’achat de millions d’Egyptiens.

 

Le privé refuse d’augmenter ses salaires

 

Cette décision suscite des interrogations quant à son financement, son champ d’application et les mesures devant l’accompagner afin de réduire l’écart entre les hauts et les petits revenus. Pour commencer, elle ne concernera que le secteur étatique. Le Chef du gouvernement a expliqué que la détermination d’un SMIG pour le secteur privé, qui emploie 18 millions de salariés, était en cours d’examen par le Conseil national des salaires, une instance où sont représentés les dirigeants du secteur public, les travailleurs et le patronat.

Le patronat privé égyptien est hostile à toute revalorisation des salaires. Pour Ahmad Al Wakil, président de l’Union des Chambres de commerce, « la situation économique n’est pas opportune pour faire supporter aux opérateurs économiques de nouvelles charges ». Les patrons proposent d’« indexer les salaires sur la productivité » et même de tenir compte, en la matière, « du niveau de vie dans chaque gouvernorat » !
 

Comment financer l’augmentation des salaires ?

 

Outre qu’elle ne sera pas appliquée par un gros employeur comme le secteur privé, l’augmentation décidée par l’équipe d’El Biblaoui concerne le salaire minimal global et non le salaire de base qui, de l’aveu du ministre de la Planification, Achraf Al-Arabi compte pour 20% dans les revenus des employés du secteur étatique, les 80% restants étant constitués de primes, par définition variables.

Le gouvernement n’a pas expliqué non plus comment il compte financier cette revalorisation. Le vice-Chef du gouvernement et ministre de l’Enseignement supérieur Hossam Aissa, cité par le quotidien Al Shourouk, s’est contenté d’annoncer que des commissions avaient été « chargées d’examiner cette question ». Il paraît, toutefois, plausible que dans un premier temps, le relèvement du SMIG sera financée par les aides financières reçues des pays du Golfe après la destitution du président islamiste Mohamed Morsi.

Des économistes doutent de l’effet concret de cette décision sur le pouvoir d’achat tant qu’elle ne s’accompagnera pas d’autres mesures. L’universitaire Fakhri Al Fiqi prévient que l’augmentation du SMIG pourrait être vite engloutie par l’inflation si un strict contrôle des prix n’était pas opéré. Il met en garde contre l’aggravation du déficit budgétaire qui pourrait en résulter alors que l’objectif du gouvernement, rappelle-t-il, est de ramener celui-ci de 14% à 9%. La solution ? La révision des subventions, surtout celles destinées aux carburants qui « profitent aussi bien aux riches qu’aux pauvres », ainsi que l’imposition des revenus annuels de plus 500.000 livres (60.000 euros).


 

Les salaires : le grand écart

 

Pour Ahmad Sayyid Al Naggar, chercheur au Centre d’Al Ahram pour les études stratégiques, garantir un pouvoir d’achat décent aux Egyptiens ne passe pas par la fixation d’un nouveau SMIG mais par la promulgation d’une « loi sur les salaires » qui rende obligatoire leur revalorisation annuelle suivant l’évolution de l’inflation, autrement dit leur indexation sur les prix. Dans un post sur sa page Facebook, il estime que le financement des revalorisations salariales ne sera pas problématique si des plafonds sont fixés aux salaires des hauts responsables dans le secteur d’Etat et que l’énergie n’est « plus subventionnée pour les nantis et les grands capitalistes, qu’ils soient égyptiens ou étrangers ».

Selon Ahmad Sayyid al Naggar, le traitement de la question salariale doit tenir compte de la part à laquelle ont droit les salariés dans la valeur ajoutée créée. Or, relève-t-il, cette part ne cesse de se réduire: dans les industries de transformation elle était de 60% après impôt durant la première moitié des années 1980 alors qu’aujourd’hui, elle ne dépasse pas les 25%/

Dans une étude sur les salaires en Egypte, cet économiste avait notamment révélé que des hauts dirigeants dans l’administration, les services gouvernementaux et les services de sécurité perçoivent des salaires annuels de centaines voire de millions de livres et que comparé à eux, le « plus haut fonctionnaire du monde », le président des Etats Unis, « peut être considéré comme un indigent », son salaire, converti en monnaie égyptienne, ne dépassant pas 180.000 livres. Cette étude mis l’accent sur les grandes disparités entre des salariés effectuant les mêmes tâches : « Un comptable au ministère des assurances sociales perçoit un salaire (…) 10 fois moins important que ses homologue de l’Office public du pétrole ou l’Office du canal de Suez. »


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